ENTRE EXIGENCES DE LA LOI ET REALITES DE TERRAIN : DES BESOINS DE REPERES

1ème Assises de la protection de l’enfanceLe 4 et 5 juillet se sont tenus les 12ème Assises de la Protection de l’enfance.

Qu’est-ce que la protection de l’enfance ?

Selon la loi c’est une procédure qui permet de protéger les enfants en danger ou en risque de l’être (lien).

Que ce soit un enfant maltraité, délaissé ou tout simplement un parent qui est dépassé, le juge pour enfants et/ou, les travailleurs sociaux sont là pour donner un cadre à cette protection.

Ces assises avaient un but premier : identifier le besoin de repère des enfants placés mais aussi des professionnels.

Chacun a besoin d’une balise voire de plusieurs balises plutôt qu’un cadre contraignant.

Comme l’ont relevé plusieurs intervenants autour des tables rondes, l’idée est d’imaginer un marin en pleine mer qui ne verrait jamais un phare pour le guider. Et bien ici c’est la même chose : les balises quelles sont-elles ?

C’est d’abord la loi, mais c’est aussi les professionnels, et avant tous les enfants. Sans repère, chacun risque de voguer en pleine mer dans la tempête sans jamais voir la lumière du jour.

Ces assises ont également mis en exergue la réalité de terrain, celles du succès des placements trop souvent oubliés, la réalité des institutions parfois maltraitantes elles-mêmes tant avec les enfants qu’avec leurs parents et les professionnels qui y travaillent.

Ce qui ressort de ces deux jours, c’est bien que l’engagement des travailleurs sociaux restent intacts malgré les épreuves et qu’on ne rentre pas dans ces métiers par hasard.

UNE MEILLEURE FORMATION DES PROFESSIONNELS : UN LANGAGE JURIDIQUE INCONNU OU MECONNU

Lors du troisième atelier auquel j’ai participé « Droits de l’enfant et pratiques professionnelles : comment mieux les faire vivre au quotidien »

Pour répondre à cette question étaient présents différents acteurs de la protection de l’enfance comme par exemple un magistrat du tribunal de Marseille, le défenseur des droits des enfants, l’association SOS VILLAGE D’ENFANTS, l’ASSOCIATION REPAIRS75 et bien d’autres. (liens).

Ce qui ressort de cet atelier, hormis évidemment le besoin de repères des enfants c’est avant tout l’absence de connaissance du droit, des droits.

Tout d’abord ce sont les enfants eux-mêmes qui ne connaissent pas leurs droits, soit parce qu’on ne leur a pas expliqué, que le langage est trop compliqué ou que les professionnels eux même ne connaissent pas les droits des enfants ni les leurs.

Ce qui ressort également c’est le manque cruel de formation juridique des travailleurs sociaux. Le droit est souvent éloigné des organismes de formation et pourtant il est fondamental pour les travailleurs sociaux.

Le droit encadre évidemment leur travail, les protège, mais surtout protège les enfants.

Finalement ce droit qui fait si peur est bien plus un outil qui devrait être utilisé au quotidien que le dernier rempart sur lequel on s’appuie quand on est face au mur.

UN CLOISONNEMENT DES PROFESSIONNELS : L’INEFFICACITE DE LA LOI, LA PAROLE DE L’ENFANT SACRIFIEE

Assises de la protection de l'enfanceLors de cet atelier, j’ai pu mettre en avant ma vision, largement reprise par l’auditoire, quant au cloisonnement des professions juridiques et du travail social.

En France, tout est séparé comme on dit chacun garde sa forteresse sans jamais regarder plus loin. Et pourtant l’inefficacité de la loi, des procédures, mais surtout des droits des enfants vient aussi et avant tout de cette absence de synergie entre les professionnels de la protection de l’enfance.

Combien de fois un éducateur ou une assistante sociale parle avec l’avocat avant un procès, quasiment jamais.

On se retrouve devant le bureau du juge embarrassé, on se salue, échange deux mots sans jamais savoir si on s’est réellement compris.

Alors oui il faut parler de procédures, de dossiers, de loi mais il s’agit avant tout de droits fondamentaux et donc d’êtres humains.

La dignité humaine, le procès équitable notamment ne passent-ils pas essentiellement par une bonne coopération, une vraie communication entre tous les professionnels qui sont là pour protéger nos enfants. Protéger les enfants, c’est aussi et surtout leur donner la parole et la prendre en compte.

Mais comment donner la place à la parole des enfants quand les professionnels eux-mêmes ne se parlent pas ?

Aussi, pour prendre en compte la parole de l’enfant, il faut avant tout apprendre à communiquer et parler le même langage.