LA GUYANE : LE PROCÈS D’UNE AUTRE FRANCE

Entre infraction juridique et pauvreté exacerbée : le non choixEn langue marron on dit : « ou lon a pasi en nenge tongo » ce qui veut dire « prendre le chemin »

Mais quel chemin, celui du renoncement, celui de la réussite, celui d’une autre vie.

A-t-on toujours le choix de son existence, de la vie que l’on souhaiterait mener ?

A l’heure de la consommation excessive et de l’individualisme, qu’en est-il loin de nos frontières, là où le drapeau français flotte fièrement mais où finalement tout y est sauf la France.

A travers le procès qui s’est tenu le 1er juillet dernier au tribunal correctionnel de Meaux, c’est certes le procès d’importation de stupéfiants mais c’est avant tout et surtout le procès d’une autre France.

Cette contrée parfois oubliée par les métropolitains, la Guyane zone de non droit, où règne l’abandon d’un peuple livré à lui-même entre le Suriname et le Brésil.

Oui c’est la France, oui il y a une administration française, des aides et tout ce que vous voulez mais la réalité est bien loin de la carte postale ou de la carte d’identité.

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ENTRE INFRACTION JURIDIQUE ET PAUVRETÉ EXACERBÉE : LE NON CHOIX

Prendre le chemin, c’est avant tout cela. Le choix de ne pas choisir ou de ne pas avoir le choix.

Dans un pays bercé par la pauvreté, où règne plus de 60% de chômage, où la jeunesse est désœuvrée.

Que reste-t ’il à la population, comment choisir en son âme et conscience entre la peste et le choléra ?

Alors, oui certains, au péril de leurs vies, choisissent de braver l’interdit et d’ingurgiter des boulettes de cocaïne pour venir de l’autre côté de l’océan dans l’espoir d’améliorer le quotidien certains diront, je dirais plutôt pour survivre.

Quelle ironie s’il en est de mettre sa vie en jeu pour tenter de survivre !

Faut-il les blâmer, faut-il avoir de la peine. Chacun est libre de penser mais la réalité parle d’elle-même.

Nul besoin de chercher bien loin, il y a la queue à l’aéroport.

L’ENVIE D’UNE AUTRE VIE : CHOISIR ENTRE LA SURVIE ET LE RESPECT DE LA LOI

Dans ce procès au Tribunal de Meaux, on a pu voir plusieurs facettes de ces nouvelles vies.

Certains le font pour l’appât du gain en mesurant les risques et puis il y a ceux comme ma cliente qui n’avait pas conscience de cette réalité et quelle réalité.

Pouvoir mourir, finir en prison loin des siens, être condamnée à de la prison, à ne plus revenir en France, et s’attirer la vindicte populaire mais surtout des siens. Tout cela n’est-il pas déjà une double peine !

L’envie d’une autre vie c’est surtout la bien triste réalité d’une traite des êtres humains cachée derrière le sceau de l’infraction, de traitements inhumains et dégradants, d’une humanité, d’un peuple sacrifié.

Oui, il y a infraction juridique, oui elle doit être sanctionnée mais pas sans humanité.

L’ENVIE D’UNE AUTRE VIE : CHOISIR ENTRE LA SURVIE ET LE RESPECT DE LA LOITrop souvent cette humanité fait défaut dans les tribunaux bien éloignés de la conjoncture de ses vies en perdition. Trop souvent, on entend cette phrase résonner : « cette histoire on la connaît par cœur »

J’ose le dire chaque histoire est avant tout celle d’une vie, celle d’une personne et donc singulière et unique. Il n’y a que des similitudes mais jamais de pareil au même.

Alors oui, ici ma cliente est une victime avant tout, victime d’un système en mal de reconnaissance, victime d’une méconnaissance de son être et de son devenir loin de la métropole sur les berges du fleuve Maroni.

Une seule chose demeure même aussi loin de l’autre côté de l’océan : « Chaque personne a le droit d’être défendu ».